la tete d’Henry IV

LA TETE D’HENRY IV
A ETE RETROUVEE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
 
VOICI UN COPIER COLLER ARTICLES PARIS MATCH
J ESPERE QU ON VA PAS ME L OTER
LISEZ C EST PASSIONNANT
 
 
 

actu-match | Jeudi 16 Décembre 2010

On a retrouvé la tête d’Henri IV

| Photo Pierre Belet et Stéphane Gabet

Un trafiquant de reliques

Comment la tête momifiée est-elle parvenue de Saint-Denis, en 1793, jusqu’à Joseph-Emile Bourdais, en 1919 ? Très vite, un suspect se dégage : Alexandre Lenoir, le conservateur du patrimoine, devenu célèbre pour avoir sauvé des œuvres d’art du vandalisme révolutionnaire. Mais il était aussi connu pour être amateur de restes d’hommes illustres. A Saint-Denis, avec d’autres, il s’est servi sans ménagement dans les cercueils. Lenoir s’est ainsi constitué une incroyable collection de reliques royales. Après sa mort, on a même retrouvé une caisse d’ossements qui est, depuis, retournée à Saint-Denis. On l’a posée près des cercueils de Marie-Antoinette et de Louis XVI.

A l’intérieur de la caisse, des os listés de sa propre main : l’omoplate d’Hugues Capet, la mâchoire de Catherine de Médicis, le tibia de Charles VI… L’homme a le profil idéal du voleur de tête. Pour Emmanuel Schwartz, conservateur à l’école des Beaux-Arts, « Lenoir profanait les tombes de personnages célèbres pour son plaisir et a fait du trafic de restes humains. Henri IV aurait été un idéal pour lui, le plus beau des trophées ». Au château des comtes d’Erbach, en Allemagne, se trouve toujours un reliquaire contenant des restes de rois de France vendus par Lenoir. Il y a même un faux crâne d’Henri IV ! Lenoir vendait parfois de fausses reliques, et il a dû se vanter de détenir la véritable tête du roi…

Reste à trouver le lien entre lui et la vente de 1919. Les archives de Drouot révèlent que la tête momifiée provenait d’une artiste peintre du nom d’Emma Nallet-Poussin, décédée sans héritiers, et dont les affaires furent dispersées aux enchères par un garde-meuble, dix ans après sa mort. Or, le petit-fils d’Alexandre Lenoir, Alfred Lenoir, était peintre et sculpteur. De la même génération qu’Emma Nallet-Poussin, il a fréquenté les mêmes écoles, a exposé dans les mêmes galeries et l’a forcément connue. Peut-être la tête d’Henri IV s’est-elle retrouvée, un jour, au centre d’une passion amoureuse ?

 

Paru dans Match

En pleine Terreur, lors du sac de la basilique de Saint-Denis, le corps embaumé du Vert Galant avait été profané et son crâne volé.

Pierre Belet et Stéphane Gabet – Paris Match

Le marteau du commissaire-priseur frappe la table : « Tête momifiée, 3 francs. Adjugé vendu. » Trois francs ! Joseph-Emile Bourdais, le brocanteur montmartrois qui vient d’acquérir le macabre objet lors d’une vente aux enchères de l’Hôtel Drouot, ce 31 octobre 1919, ne tarde pas à se persuader qu’il a, pour ce prix dérisoire, emporté la tête du roi le plus populaire de l’histoire de France. Il a, pour cela, des arguments à faire valoir. D’abord, pour avoir été embaumée, cette tête est celle d’un personnage de haut rang. Ensuite, le brocanteur note quantité de ressemblances avec Henri IV : un grain de beauté au coin du nez, une cicatrice – trace d’une première tentative d’assassinat en 1594 – à la lèvre supérieure… Bourdais juxtapose des photos de sa momie et différents portraits du monarque. Même profil, même forme du crâne. Le résultat est troublant. Pour lui, il n’y a aucun doute. C’est Henri IV.
Surtout, il s’appuie sur des événements historiques pour expliquer la présence de cette tête dans une salle des ventes. Après sa mort brutale le 14 mai 1610, Henri IV a été inhumé comme tous les rois de France à la basilique Saint-Denis. Mais en octobre 1793, durant la Terreur, la Révolution a décidé, comme l’écrira Alexandre Dumas, de « poursuivre la monarchie jusque dans son tombeau ». La nécropole royale est mise à sac. La dépouille de Louis XV, qui n’avait pu être embaumée pour cause de maladie contagieuse, apparaît en putréfaction liquide. Celle de Louis XIV est « noire comme de l’encre ».

Une preuve extraordinaire : la trace du coup de couteau de Jean Châtel qui a voulu égorger le roi le 27 décembre 1594.
La lame a perforé la mâchoire au-dessus de la commissure des lèvres. Le trou s’est calcifié normalement. Cela correspond
à une période d’une quinzaine d’années.

Le Vert Galant, lui, est quasi intact. Un témoin rapporte que, à l’ouverture du cercueil, « son corps est retrouvé dans un bon état de conservation et les traits du visage parfaitement reconnaissables ». Puis, comme sa descendance, Henri IV est jeté dans une fosse commune à l’extérieur de la basilique. C’est le signal du pillage. On saute dans la fosse et l’on arrache aux rois des dents, des doigts, des cheveux… Des archives décrivent un médecin partant avec un crâne sous le bras, d’autres parlent d’Henri IV « taillé en pièces au sabre ». Joseph-Emile Bourdais en est convaincu : c’est là que la tête a pu être arrachée et volée.

Il va passer le restant de sa vie à essayer de le démontrer. Mais à l’époque, l’ADN et les techniques modernes sont encore inconnus. Personne ne prend au sérieux cet autodidacte sans relations ni diplômes. Il meurt en 1946 et plus personne ne sait où se trouve la tête momifiée… Cette drôle d’histoire, nous en prenons connaissance il y a deux ans au domicile de l’académicien Jean-Pierre Babelon, auteur d’un « Henri IV » (éd. Fayard) qui fait ­autorité. Réalisateurs de documentaires, nous nous intéressons à ce roi dont on s’apprête à commémorer le 400e anniversaire de la mort. Pour Jean-Pierre Babelon, l’explication du brocanteur se tient.

L’énigme nous passionne. Une telle relique ne se jette pas. Quelqu’un, quelque part, l’a sans doute conservée. Nous découvrons les registres de la vente de l’Hôtel Drouot, puis un livre publié à Dinard par Joseph-Emile Bourdais. Mais rien qui nous mette sur la piste de la tête, sinon un article de 1955 : un journaliste l’avait retrouvée chez la sœur du brocanteur. La vieille dame la gardait sous son lit et ne la sortait « que les jours de grand nettoyage ». Après cela, elle semble disparaître définitivement.

Jean-Pierre Babelon nous sauve du découragement en retrouvant une lettre dans ses archives : quelqu’un, il y a plusieurs années, lui a demandé des informations sur la prétendue tête d’Henri IV… Nous prenons contact avec l’expéditeur de la missive. Au bout du fil, l’homme est embarrassé : « Oui, je me suis intéressé à la tête de Bourdais. Non, je ne sais rien de plus…» Etrange. Cela sonne faux. Nous lui expliquons que nous cherchons la tête pour la faire authentifier. Nous lui parlons du Dr Philippe Charlier, médecin légiste spécialisé en anthropologie funéraire, auteur du livre « Médecin des morts » (éd. Fayard), qui dirigera l’étude scientifique. Après quelques courriers, notre contact finit par admettre : « Oui, c’est moi qui l’ai. » Incroyable. Nous avons localisé la momie !

Ses souvenirs et ses secrets

Le vieil homme qui nous accueille chez lui, le 22 janvier 2010, est d’une courtoisie extrême. Dans le grenier de sa maison de province, Jacques Bellanger a entreposé ses souvenirs et ses secrets. Lui et sa femme cachent dans une armoire celui qu’ils appellent affectueusement « le monarque » : « Personne n’était au courant, pas même nos enfants. Ce n’est pas facile d’avoir chez soi une tête humaine. » Avec précaution, le vieil homme se saisit d’une petite caisse en bois. « Cela fait au moins vingt ans que je ne l’ai pas sortie de ce meuble. C’est émouvant. » Il ouvre la caisse. Apparaît alors la tête momifiée, parcheminée mais incroyablement bien conservée. Son visage est à la fois expressif et terrifiant. « Je l’ai achetée à la sœur de Joseph-Emile Bourdais en 1955, dans cette caisse, entourée de cette serviette-éponge. Je l’ai payée 5 000 francs de l’époque. Je ne l’ai manipulée que trois ou quatre fois en cinquante ans. » Avec un sourire, l’homme ajoute : « Il y a dix ans, je ne vous aurais jamais avoué que je l’avais. Je gardais l’espoir de résoudre moi-même l’énigme. Mais perdre sa tête à 84 ans, il y a pire, vous ne trouvez pas ? »

Lui et sa femme sont impatients de savoir. S’il s’agit bien de la tête du roi, le vieux monsieur nous demande de la remettre au descendant direct d’Henri IV, l’aîné des Capétiens, le prince Louis de Bourbon, afin que la famille et l’Etat puissent l’inhumer dignement à Saint-Denis. Si nous échouons à mettre un nom sur la momie, charge à nous de trouver un musée ou une école de médecine qui accepte un tel don. Contacté, le représentant de la famille Bourbon nous propose son aide et sa participation aux frais d’expertise. Authentifier une relique coûte plusieurs milliers d’euros. Nous nous entourons aussi de spécialistes. Jean-Pierre Babelon est naturellement mis dans la confidence puis c’est au tour de Jacques Perot, un conservateur du patrimoine spécialiste d’Henri IV. Côté science, le Dr Charlier et son équipe sont prêts à passer à l’action. Des comparaisons génétiques de l’ADN sont possibles, car des poils de barbe et un morceau de doigt d’Henri IV, volés durant la Révolution, sont conservés dans des musées.

Les recherches aux Archives nationales nous redonnent aussi espoir. En 1817, sous la Restauration, un quart de siècle après les profanations, Louis XVIII a ordonné de retrouver les corps jetés dans la fosse commune, pour redonner à ses ancêtres une sépulture digne de leur rang. Au bout des pioches et des pelles, des os. Mais une chose a surpris les commissaires de l’époque : « Trois corps sont retrouvés sans leurs parties supérieures. » Autrement dit, sans leur tête. On a donc bel et bien volé des têtes de rois à Saint-Denis. Alors pourquoi pas celle d’Henri IV ?

De retour dans la capitale, la tête va subir un check-up complet : toxicologie, reconstitution faciale, génétique, datation, microscopie, loupe binoculaire, scanner… Au total, 19 scientifiques vont se pencher sur la momie. Le Dr Philippe Charlier coordonne les opérations. Premiers constats plutôt positifs : « Il s’agit d’un homme âgé, de type européen. » Henri IV est mort à 56 ans. Au XVIIe siècle, c’était déjà l’âge d’un vieillard… « La tête a bien été arrachée après la mort. » L’observation confirme la fameuse cicatrice à la bouche et détecte, au coin du nez, un grain de beauté semblable à celui qu’arborait Henri IV.

En revanche, la suite jette le trouble. Le souverain ne porte de boucle d’oreille sur aucun de ses portraits, et la momie a le lobe percé. Surtout, un détail ne colle pas. La tête momifiée n’a pas le crâne scié… Or, lorsque mourait un roi, les embaumeurs lui sciaient la boîte crânienne pour en retirer le cerveau et la remplir d’aromates et d’épices. Ce que confirme un témoin de 1793 : « Le cadavre, considéré comme une momie sèche, avait le crâne scié. » C’est Alexandre Lenoir, un conservateur du patrimoine chargé d’éviter le pillage des œuvres d’art, qui décrit ainsi Henri IV sorti de son cercueil. Voilà probablement pourquoi personne n’a jamais cru le brocanteur…

Si le crâne n’est pas scié, il peut être trépané, c’est-à-dire troué. A l’époque, un seul chirurgien utilisait cette méthode pour retirer le cerveau et embaumer la tête. C’était Jacques Guillemeau. Le médecin d’Henri IV, justement. Mais sur l’écran de contrôle, la momie montre un crâne intact. Ni scié ni percé. Le cerveau est même encore à l’intérieur, à l’état de résidu desséché. Le Dr Charlier conclut : « Cela va à l’encontre de l’identité d’Henri IV. Mais parfois la famille demandait qu’on ne touche pas le cerveau. On ne peut rien dire pour l’instant. »

Chaque embaumeur avait sa technique. Trouver comment la tête a été momifiée permettrait donc d’identifier le praticien, et pourquoi pas le patient. La fibroscopie et les examens à la loupe binoculaire ne révèlent aucune trace d’aromates ou d’épices. Le Dr Charlier veut alors les ­détecter par leurs odeurs. Situation pittoresque : dans l’univers high-tech des cosmétiques de luxe, deux « nez » de parfumeurs reniflent celui que nous espérons être Henri IV, le Béarnais qui, selon la reine Margot, empestait l’ail. ­Verdict : des odeurs animales, mais nul effluve d’aromates ou d’épices spécifiques des momies.

Pour la première fois, l’hypothèse d’une momification naturelle est évoquée. On est soudain très loin d’Henri IV… Seule une étude génétique pourrait mettre fin au doute. Trois institutions – le château de Pau, le musée Tavet-Delacour à Pontoise et le musée Bertrand à Châteauroux – nous ont autorisés à effectuer des prélèvements sur leurs reliques d’Henri IV. Après plusieurs semaines, nouvelle déception. L’ADN, trop segmenté, n’est pas lisible. Il faudra attendre la fin de toutes les analyses, notamment la toxicologie et la datation au carbone 14. Trimbalés de laboratoires en salles d’examen, nous ne pouvons que suivre le protocole scientifique.

L’espoir revient grâce au portrait-robot réalisé par Jean-Noël Vignal. Recourant à un procédé scientifique qui a fait ses preuves dans les grandes affaires criminelles, ce brillant docteur en anthropologie a reconstitué le visage de la momie à partir des images du scanner. Son constat est sans appel : « Si ce n’est pas Henri IV, c’est son sosie ! » Le Dr Charlier partage son avis. Lui a superposé des images du scanner, des photos de la momie et des portraits d’Henri IV. Et il confirme : « A ce niveau de concordance, ce n’est pas le fruit du hasard. » Mais il ajoute aussi : « Ça ne suffit pas pour conclure, et il reste toujours cette énigme sur l’embaumement. »

Cet embaumement est notre talon d’Achille. La ­solution va apparaître en tapant des mots clés sur Internet. Nous trouvons une phrase tirée de l’« Histoire des Girondins » de Lamartine : Henri IV a été « embaumé avec l’art des Italiens ». Nous donnons l’information au Dr Charlier. Aussitôt, tout va s’éclairer. A Florence, dont était originaire Marie de Médicis, l’épouse d’Henri IV, on avait coutume d’embaumer les princes sans jamais mutiler leur tête. Cela a été confirmé par des fouilles récentes dans les tombeaux des Médicis. Mieux : le Dr Charlier trouve dans les archives italiennes le nom du médecin qui a embaumé Henri IV. Un certain Pierre Pigray (1563-1612), formé aux méthodes italiennes. Cela correspond parfaitement aux observations faites sur la momie. Le seul témoignage contradictoire vient de voler en éclats : quand il prétendait avoir vu en 1793 le ­cadavre d’Henri IV avec le crâne scié, Alexandre Lenoir mentait.

Et ce n’est pas tout. Les analyses toxicologiques sont positives. La tête et les reliques portent les traces du même plomb, qui tapissait l’intérieur du cercueil royal. Par ailleurs, les scientifiques ont retrouvé sur la momie des résidus de plâtre, sans doute un dépôt laissé lors de la fabrication du masque mortuaire. Preuve supplémentaire : le carbone 14. La tête momifiée a une datation comprise entre 1450 et 1640. Tout concorde à présent. Y compris le lobe percé : à force de recherches, Nicole Garnier, conservatrice du musée Condé de Chantilly, a déniché un portrait où Henri IV porte un anneau à l’oreille. Nous avons retrouvé la tête du Vert Galant !

Moqué de tous, le brocanteur de Montmartre avait donc raison. Dans un cimetière parisien, une photographie de lui et de la tête momifiée figure sur sa pierre tombale, comme un message adressé à la postérité, pour qu’on ne l’oublie pas le jour où sa vérité éclaterait. Malgré les ans, le soleil et les intempéries, la photo n’a presque pas jauni sous son émaillage. Quatre cents ans après la mort du roi, Joseph-Emile Bourdais peut désormais reposer en paix. Henri IV va de nouveau être inhumé à Saint-Denis. Pour l’éternité, cette fois.

 
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